Note synthèse de la mission d’évaluation des besoins en accompagnement psychosocial des ONG PDF Imprimer

30 juin 2015

Dans le cadre de la mise œuvre du projet de renforcement des capacités et d’accompagnement technique de 5 ONG partenaires de l’UNICEF pour la mise en œuvre des activités de prise en charge psycho-sociale en faveur des enfants et familles affectées par Ebola en Guinée, une mission d’identification des besoins des acteurs et bénéficiaires de 5 ONG partenaires de l’UNICEF a été effectuée par des équipes pluridisciplinaires de FMG composée de deux médecins en charge des questions de santé mentale au sein de l’ONG, d’un psychologue, d’un sociologue et d’un chauffeur. Cette mission s’en rendu dans les sites d’intervention des 5 ONG soit dans les quatre régions naturelle du pays: Kissidougou et Guekedougou pour l’ONG Monde des enfants, Kankan et Kouroussa pour l’ONG Enfance du Globe, Dalaba et Pita pour l’ONG Child Fund, Kindia et Coyah pour Aide à la famille africaine et Coyah et Forécariah pour l’ONG plan Guinée.

 

 

La mission s’est déroulée en 13 jours et a connu des légères réadaptations du programme dûes aux réalités terrain ; notamment les contraintes de programmation au niveau des ONG Enfance du  Globe qui avait une formation de son personnel terrain à Kankan avec l’Unicef et du départ annoncé du Directeur des Programmes de child fund (réfèrent du projet) qui se trouvait au moment de l’enquête sur le terrain pour la passation de service avec son remplaçant sur le projet. Ces deux raisons expliquent le fait que l’équipe de mission  s’est conformée à la disponibilité des bénéficiaires pour permettre de récolter le maximum d’informations sur le terrain.

Dans l’ensemble, la mission s’est bien déroulée et les résultats obtenus montrent amplement la pertinence d’une telle action dans l’environnement de lutte contre le virus Ebola.

 

B/ Démarche et méthode utilisée pour l’évaluation

Dès la signature de la convention et la réception de la première tranche, une réunion préparatoire de direction a été organisée pour identifier au sein de l’ONG les personnes qui doivent participer à cette mission. Les critères de compétences et d’expériences relatifs aux  objectifs de la mission ont permis à la direction de faire le choix.

Dans un deuxième temps, une fiche d’évaluation des besoins des ONG et un guide d’entretien avec les bénéficiaires ont été produits à l’issue d’un atelier participatif regroupant deux membres de la direction et l’équipe de mission.

Deux autres réunions ont permis également de définir l’itinéraire de la mission et de valider les outils de l’évaluation.

C- Présentation des résultats de la mission

 

1-      Aperçu générale sur les activités liées à Ebola

Il  apparait que la totalité des cinq ONG réalisent ou ont réalisé des activités liées à Ebola. Ces activités se résument pour la plupart aux à l’identification des enfants orphelins d’Ebola, à la distribution des kits, au cash transfert, aux jeux ludiques et au suivi à domicile des enfants bénéficiaires et des familles d’accueil. Cependant, les activités menées sont différentes d’une localité à une autre, selon les ONG au travers le financement de l’Unicef.

Les actions de chaque ONG se limitent ainsi à ce financement. C’est ce qui explique également que certaines ONG ont plus d’activités que d’autres.

On note par exemple que le Monde des Enfants et Enfance du Globe réalisent à fois l’identification, le suivi à domicile, le cash transfert et la distribution des kits. Par contre, en Basse Guinée, les actions sont réparties entre Child fund, Sabou guinée, AFA et AIME. Dans cette zone, le cash transfert a été entièrement confié à AIME, l’identification des familles d’accueil à AFA, l’identification des enfants, le suivi à domicile et la distribution des kits à Sabou Guinée.

Si en Guinée Forestière, Haute Guinée et en Moyenne Guinée, on ne signale pas de problèmes liés à cette répartition, cependant en basse guinée des difficultés ont été rencontrées au départ par le fait que certains acteurs ne respectaient pas ces consignes de répartition. Sabou Guinée s’était plaint  du fait que certaines ONG procédaient à l’identification des enfants alors qu’elle était la seule habilité à faire ce travail conformément aux clauses de son contrat avec l’UNICEF. Même si, selon les informations recueillies, ce problème a pu avoir une solution grâce notamment à la réunion de coordination Ebola et à la médiation menées par l’équipe préfectorale de l’Unicef, un point de vigilance devrait être accordé à de telles situations pour éviter des confusions sur le rôle des acteurs présent sur le terrain.

2-      Constats sur les difficultés rencontrées par les ONG dans le cadre de la prise en charge psychosociale des enfants :

L’évaluation montre que les cinq  ONG bénéficiaires rencontrent des difficultés dans leur travail. Bien que les difficultés soient exprimées de manière différentes selon les acteurs, il faut souligner ces acteurs n’ont pas tous le même profil, ni les expériences dans le cadre de protection des enfants.

Le contexte d’urgence liée à Ebola en est également une autre dimension qu’il faut prendre en compte dans ces difficultés.

En effet, même si toutes les cinq ONG ont comme outils le dispositif de protection harmonisé à Kindia, le respect des étapes et la maitrise du processus posent parfois des problèmes au niveau de certains travailleurs sociaux et superviseurs comme c’est le cas dans la région de Kankan et Kindia

On remarque également que les comités villageois  de protection des enfants (CVPE) et les comités locaux enfants et familles (CLEF) constituent le maillon fort de ce dispositif au niveau local. Cependant, ces comités ne sont pas mis en place dans toutes les localités couvertes par le projet et dans les endroits où ces comités sont mis en place, certaines n’ont pas bénéficié de suffisamment de formations les permettant de jouer le rôle dévolu. C’est le cas par exemple en Haute Guinée avec le Monde des enfants et en Basse Guinée avec Sabou guinée. Cette situation s’explique selon ces acteurs, par le fait que ces comités viennent d’être fraichement  mis en place et par conséquent, le processus de leur accompagnement va se poursuivre avec la prochaine phase du projet.

Au niveau des activités, ces ONG ont émis beaucoup de réserve sur les activités ludiques et de leurs pertinences telles qu’elles se font actuellement. Il a été constaté que les jouets d’enfants proposés ne sont pas forcément adaptés à la situation des enfants. De même, certains travailleurs sociaux ne maitrisent pas forcément leur manipulation. C’est ce qui parfois occasionne d’énormes difficultés à leur utilisation par les enfants. Il serait donc important de réfléchir davantage sur le type de jeux dont les enfants ont besoin tout en prenant en compte les réalités locales.

Au niveau des bénéficiaires du cash, on a senti parfois une inquiétude sur la pérennité d’une telle action. Ils veulent pour la plupart que cet argent soit reconverti ou orienté vers des activités génératrices de revenu pour les permettre d’être autonome financièrement avant la fin du projet. La prise en compte de cette initiative des femmes notamment, peut avoir un impact positif sur leur vie quotidienne

Au sein des équipes terrain de ces ONG, il ressort des difficultés de faire une différence entre les cas psychique qui nécessitent une prise en charge psychosociale et des cas cliniques nécessitant une prise en charge médicale. C’est ce qui explique également que toute complication d’un cas est directement orienté vers les centres hospitaliers qui n’ont pas forcement l’expertise pour une prise en charge psychosociale.

Ces agents sont pour la plupart des diplômés à leur premier emploi et ne disposant pas d’expérience et de connaissances en matière de prise en charge holistique d’un enfant. Ils bénéficient  toutefois d’une formation initiale dès le recrutement. Ces formations sont données soient par des anciens de la structures ou par les formateurs de l’Unicef ou du ministère de l’action sociale, de promotion féminine et de l’enfance au travers la Direction National de l’Enfance (DNE).

Au niveau des 5 ONG, il apparait des difficultés d’ordre organisationnel, financière, humaine et logistique. Ces difficultés ne se sont pas rencontrées de la même manière par les acteurs.

Sur le plan organisationnel, elle est excellente au niveau de Monde des enfants et Enfance du globe. Leur pratique peut en effet bien inspirer les autres ONG. Par contre, on constate des difficultés du personnel au niveau de Sabou lié au remplacement(mutation) du personnel. Tandis qu’au niveau de  AFA, il serait important d’améliorer  la communication entre membres de la structure de la base au sommet. En effet la défaillance de la communication dans un tel projet peut entraîner la démotivation de l’équipe terrain affectant l’atteinte des résultats attendus.

Au niveau financier, seul Child fund nous a fait part de sa capacité de préfinancement des activités avec l’Unicef. Les autres acteurs AFA et monde des enfants nous ont remonté des difficultés liées aux faibles ressources dont elles disposent qui ne leur permettent pas de préfinancer des activités en cas de retard de virement de l’Unicef.

Au niveau des ressources humaines, on a remarqué qu’au niveau de Child fund et AFA, les ressources humaines mises à disposition restent très réduites. Pour conduire les prochaines activités de la prochaine phase, ces deux structures doivent procéder à un recrutement de quelques personnes pour compléter leurs équipes. Pour les autres acteurs, un renforcement de capacités de leur personnel a été sollicité notamment sur : le mécanisme de prise en charge, l’approche et l’intervention psychosociale la notion protection, le concept de l’enfant, l’analyse situation, la résilience, la vulnérabilité, etc.

Au niveau logistique, on constate que les cinq ONG n’ont pas suffisamment les moyens logistiques et de ce fait ne disposent pas les capacités d’intervention sur le terrain. Il va falloir que ces ONG, aient des moyens de déplacement plus adéquat pour une intervention de proximité notamment dans le cadre du suivi à domicile. Cela facilitera également la remontée des cas d’urgence vers leurs structures spécialisées (FMG, centre hospitalier, etc.) pour une prise rapide et conséquente.

3-      Les types de cas psychiques identifiés lors de la mission nécessitant une intervention psychosociale

Tous d’abord il faut signaler que toutes les zones couvertes par les ONG n’ont pas été visitées par la mission. Cependant, dans les dix  préfectures visitées, on dénombre des cas d’enfants présentant des problèmes de traumatisme, de stress élevé, d’angoisse ou de troubles du sommeil. Ces cas ont été rencontrés ou signalés dans les préfectures de Gueckedou, Kérouané, Mali, Coyah et Forécariah. Selon les travailleurs sociaux rencontrés, ces différents cas sont constatés sur les enfants qui ont perdus leurs parents directs victimes d’Ebola, dont la prise en charge ne s’est pas effectuée rapidement. Certains de ces enfants n’ont pas aussi été bien traités dans leurs familles d’accueil. Des interventions seront bientôt programmées par FMG en collaboration avec les ONG partenaires à l’endroit de ces enfants.

La mission a constaté quelques cas (en lien avec l’épidémie d’Ebola) qui nécessitent une prise en charge plus spécialisée. Il s’agit des enfants retardés mentaux, épileptiques, malnutris, ayant des troubles du sommeil, refus de reprendre le chemin de l’école, des dépressions légères. Ils ont été constatés dans les régions de Guinée forestière, Basse Guinée et Haute Guinée. Pour ces enfants, des conseils ont été donnés aux équipes terrain pour qu’une attention leur soit accordée et que l’évolution de leur cas soit partagée avec FMG.

Il a été également demandé aux ONG partenaires de remonter à FMG les cas de problèmes psychiques compliqués qu’ils rencontreront au niveau des enfants. Des numéros de téléphones leurs ont été laissés à cet à effet.

Conclusion : Les résultats de cette mission ont montré toute la pertinence de ce projet dans la cadre de la prise en charge des enfants affectées par le virus Ebola et de leur famille. La poursuite des autres activités prévues permettra non seulement de compléter la chaine de prise en charge, mais également de renforcer les compétences des acteurs. Cela aura comme conséquence leur professionnalisation dans le travail de protection des enfants et  accroitra surtout leur rendement grâce à la synergie d’action des acteurs en faveur des enfants victimes d’Ebola et de leur famille.

 

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